Friday, September 17, 2010

Changements stratégiques


Aujourd’hui, le riz  figure en bonne place dans le programme de développement de beaucoup de pays qui s’appliquent à améliorer leur production domestique, explique l’économiste d’AfricaRice, Dr. Ibrahima Bamba.

Dans le temps, à l’époque de l’ajustement structurel, on a fait croire aux décideurs politiques que le marché va s’occuper des semences, des engrais et  tout ce qu’il faut. Mais le ‘laissez-faire’ a échoué en Afrique. Pendant que les gouvernements asiatiques œuvraient à assurer la production locale, l’Afrique s’est reposée sur le marché mondial et s’est mise à importer de plus en plus pour nourrir les villes. La dépendance sur les importations a fragilisé l’Afrique face aux chocs du marché international. Dès lors, il n’est pas surprenant que la plupart des remous sociaux récents relatifs aux prix des denrées alimentaires aient eu lieu en Afrique.

Avant la crise, la demande mondiale du riz s’accroissait plus vite que la production mondiale. Les stocks mondiaux de riz étaient bas au point de ne représenter que deux à trois mois de la consommation mondiale. AfricaRice avait remarqué que les prix du riz augmentaient depuis un certain temps et a averti les pays membres de la crise avant son avènement, en parlant directement aux décideurs lors de réunions comme le Conseil des Ministres.

En 2007, le Directeur général, Dr Papa Abdoulaye Seck a entrepris une tournée dans les pays pour avertir de l’imminence d’une crise rizicole et exhorter les décideurs à investir dans la production agricole. Les gouvernements ont bien perçu cet avertissement, mais les investissements majeurs dans la riziculture ne sont intervenus qu’après la crise de 2008.

La nécessité d’investir dans l’agriculture locale demeure forte car de multiples preuves montrent que le riz local est  compétitif. Maintenant, de plus en plus de pays s’efforcent d’être autosuffisants pour éviter les effets d’une autre crise.

Communication stratégique. AfricaRice communique les résultats de la recherche aux décideurs a travers plusieurs canaux notamment le Conseil des Ministres qui se réunit une fois tous les deux ans, les réunions du Comité des experts nationaux, les communiqués, les ateliers, les média, etc.  En 2009, la moyenne des cotisations des pays membres a augmenté d’environ 30 fois par rapport à la période 2001-2006, ce qui indique clairement l’efficacité de la communication stratégique d’AfricaRice.

Avec l’appui de nombreux donateurs, AfricaRice a aidé ses pays membres à accroître de beaucoup la production de semences. A titre d’exemple, l’USAID a financé un grand projet de semences en Afrique de l’Ouest, qui a facilité l’accès de 400 000 petits producteurs aux semences certifiées de qualité par un système de bon conçu et mis en oeuvre avec le Service de secours catholique, l’IFDC, les SNRA, les compagnies semencières privées et l’association des producteurs de semences. Le gouvernement du Japon a aussi supporté un projet en vue de permettre à plus de 58 000 paysans vulnérables d’accéder aux semences de qualité dans 20 pays à travers le continent.

AfricaRice est aussi en train de renforcer sa collaboration avec des institutions régionales comme la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA) et bien d’autres pour de plus amples opportunités de communication stratégique et de sensibilisation.

Que font les pays. Le paysage stratégique est en train de changer. En plus du besoin de produire plus de riz, beaucoup de pays sont conscients de la nécessité d’en améliorer la qualité. “Subvention” était autrefois un mot tabou. Maintenant, les décideurs politiques commencent à suggérer que les gouvernements doivent subventionner les engrais et la production de semences. Et l’on entend beaucoup plus la voix des groupements paysans qui expriment leurs besoins.

Au Mali, par exemple, au cours de la saison culturale 2008-2009, le gouvernement a subventionné les engrais et les semences et aidé au financement de la machinerie agricole à travers les mini-rizeries, les batteuses et autres équipements pour l’amélioration de la transformation du riz. Ce meilleur appui à la production locale de riz a payé des dividendes.

Le Sahel a eu une récolte de riz abondante en 2008-2009: une augmentation de 44% en un an. L’augmentation a été de plus de 200% au Burkina Faso, même s’il faut reconnaitre que c’était à partir d’une base relativement faible. Beaucoup de pays ont enregistré une croissance à deux chiffres. La bonne pluviométrie a aussi contribué à ce succès.

En ce moment, beaucoup de gens parlent d’irrigation, alors qu’auparavant l’irrigation était perçue comme un échec en Afrique. Mais, lorsque vous avez une maîtrise sur l’écologie (l’eau, par exemple), les rendements du riz sont aussi élevés en Afrique qu’ailleurs dans le monde.

Il est trop tôt pour crier victoire, car jusqu’en 2007, seulement huit pays africains se sont conformés à la décision de Maputo prise par l’Union africaine en 2003 de consacrer au moins 10% des budgets nationaux à l’agriculture. Mais, il est désormais certain que les gouvernements s’intéressent de plus en plus à l’investissement dans l’agriculture.