Tuesday, August 16, 2011

Du riz performant sur les sols ferreux


Le fer est un oligoélément qui doit être disponible pour les plants de riz en très petite quantité pour une croissance et un développement normal. Toutefois, à de fortes concentrations, le fer devient toxique pour les plants de riz (i.e. il les empoisonne). Les plantes touchées développent des petites taches brunes qui s’élargissent et fusionnent et donne finalement des feuilles rougeâtres. De plus, la toxicité ferreuse altère la structure racinaire des plantes, de même que son développement et conduit à la stérilité des panicules (i.e. rendements réduits). La toxicité ferreuse est un problème majeur chez le riz de bas-fond y compris dans les systèmes irrigués. Les pertes en rendement du riz attribuées à la toxicité ferreuse varient de 10 à 100% avec une moyenne estimée à 50%. Plusieurs pratiques culturales et de gestion peuvent être utilisées pour réduire l’occurrence de la toxicité ferreuse dans les champs de riz, mais la plupart ne sont pas à la portée des paysans africains. Par conséquent, AfricaRice se focalise sur l’amélioration de la tolérance des variétés à la toxicité ferreuse.

Pendant plusieurs années, AfricaRice a évalué des variétés de riz, sélectionné des lignées prometteuses et mis au point des pratiques agronomiques appropriées qui peuvent aider les paysans à contrer la toxicité ferreuse. Ces dernières années, la biologiste moléculaire d’AfricaRice Khady Nani Dramé et ses collègues ont apporté de nouvelles dimensions à la recherche sur la toxicité ferreuse. Ils ont utilisé la SIG et les outils de télédétection pour cartographier les zones potentiellement toxiques. Ces outils contribueront à révéler l’étendue et la gravité de la contrainte et orienteront également les sélectionneurs dans leurs stratégies de dissémination et d’évaluation.

Une question clé reste relative à la façon dont les différentes variétés de riz poussent et se développent dans différents environnements (dans ce cas-ci sous différents niveaux de toxicité ferreuse). Ce à quoi ressemble la plante (ou tout organisme) est appelé « phénotype », et l’évaluation de la croissance des différentes variétés dans les différents environnements est appelé « phénotypage ». En vue de l’efficience du criblage pour la tolérance à la toxicité ferreuse, il serait inestimable d’avoir une méthode standardisée, contrôlée et fiable. AfricaRice continue de revoir les méthodes criblage dans des zones sensibles, notamment des champs dans des zones sensibles, des pots en station et dans un environnement hydroponique (sans sol). Le criblage au champ est difficile, nécessitant plusieurs répétitions, du fait des niveaux de concentration en fer, et par conséquent la toxicité, varie largement au sein et entre les champs et même dans les zones sensibles. Toutefois, le champ du paysan reste l’environnement où le riz est cultivé pour l’alimentation, ainsi toute nouvelle variété considérée tolérante a été vérifiée lors d’essais au champ.

Le criblage expérimental en pot qu’AfricaRice a conduit s’est avéré inutile, car les performances des variétés en pot en station étaient complètement différentes de celles de ces mêmes variétés testées au champ en zone sensible. Parallèlement, le test dans un environnement hydroponique peut être uniquement conduit pendant la phase végétative (i.e. avant la floraison). Il n’est pas encore prouvé que la tolérance pendant la phase végétative est directement corrélée à la tolérance durant la phase reproductive (de la floraison à la récolte), comme reflété dans les champs des paysans. Cet aspect fait toujours l’objet de recherches.

La lutte contre la toxicité ferreuse devrait être menée avec la sélection moléculaire. AfricaRice est en train d’identifier et de valider les marqueurs moléculaires (QTL) associés à la tolérance à la toxicité ferreuse. Quelques QTL validés seront utilisés dans la sélection assistée par marqueurs pour améliorer les variétés populaires nommées par les programmes nationaux.

Avec du matériel tolérant déjà disponible, les essais de sélection variétale participative (PVS) ont été initiés sur trois sites dans quatre pays (Burkina Faso, Ghana, Guinée et Nigeria) en 2009. La première année, 80 variétés (y compris un témoin local) ont été cultivées dans les jardins de riz, à partir desquels les paysans choisissaient leurs variétés préférées. Dix variétés ont été retenues par pays pour davantage de test. Les paysans cultivent ces variétés ainsi que leur variété locale et poursuivent la sélection en vue de conserver les trois meilleures. Ces trois meilleures variétés tolérantes à la toxicité ferreuse seront nommées en vue de leur homologation nationale. « Même la première année, nous observons de nouvelles variétés performantes dans les champs des paysans comparé à leur variété locale », s’enthousiasme Dramé.