Thursday, June 14, 2012

Comment rendre les chaînes de valeurs du riz plus orientées vers le consommateur


Le riz touche des milliers pour ne pas dire des millions d’individus en plus des riziculteurs. En amont des sites de production, on compte les producteurs et fabricants d’intrants (semences, engrais, pesticides), d’équipements et les négociants qui les commercialisent. En aval de la production, se trouvent les transformateurs, commerçants, grossistes, détaillants et consommateurs.

Matty Demont est agro-économiste à la station du Sahel d’AfricaRice. « Les Sénégalais consomment principalement du riz importé et pourquoi ? » se demande-t-il. « La réponse doit être liée aux chaînes de valeurs au Sénégal et cela nous donnera des indications sur l’orientation à donner à la stratégie rizicole destinée aux bénéficiaires finaux – en rendant les chaînes plus orientées vers le consommateur ».
La grande majorité des Sénégalais consomment du riz importé. Cette préférence est influencée en grande partie par le fait que le riz produit localement – notamment dans la vallée du fleuve Sénégal (VFS) au Nord – a été traditionnellement de qualité médiocre comprenant des mélanges de variétés, une qualité de grain hétérogène avec un niveau d’impuretés inacceptable.

Que se passerait-il si ce riz était adapté aux préférences du marché en termes de qualité et de présentation, les populations l’achèteraient-ils ? Par un système de ventes aux enchères expérimentales et du riz local étiqueté (Rival – une marque déposée de riz produit localement et commercialisée par la Plateforme d’appui aux initiatives du nord, PINORD), Demont et son équipe ont trouvé que les consommatrices étaient prêtes à payer un supplément pour Rival équivalent de près du double de ce qu’elles paieraient pour le riz importé (38 % cf. 16 %).

En somme, près de 20 % des participants ont préféré le riz conventionnel VFS. « L’implication politique est la suivante ; nous ne devons pas imposer que tout le riz de la VFS fasse l’objet de la démarche qualité », a déclaré Demont.

« Il existe un segment du marché qui n’est pas prêt à payer pour la qualité. Le développement de la chaîne de valeur devra s’assurer que le riz VFS conventionnel reste disponible pour ces consommateurs si l’amélioration de sa qualité implique des prix plus élevés ».

Les acquis principaux issus des travaux sur la chaîne de valeur menés dans la station du Sahel sont les suivants : la disponibilité du riz local de qualité (VFS) doit être promue au sein de la population, la production de riz de qualité demande des investissements, et les politiques rizicoles doivent être séquencées – en commençant par augmenter la qualité du riz local pour atteindre le niveau de celui importé, ce qui valorise le produit, produire du riz à grande échelle, et mettre en place des programmes promotionnels en vue de commercialiser l’excédent pour le substituer au riz importé sur les marchés urbains.

Un article“Policy Sequencing and the Development of Rice Value Chains in Senegal” par Dr Matty Demont et Amy C. Rizzotto, publié ce mois dans “Development Policy Review” met l’accent sur cette question.