Thursday, April 25, 2013

Dévoiler le potentiel du riz sauvage Oryza barthii



Oryza barthii est l’une des deux espèces de riz sauvage en Afrique à partager la même base de génome que les espèces cultivées et O. glaberrima, en fait O. barthii est considérée par la plupart comme l’espèce à partir de laquelle le riz africain (O. glaberrima) a été domestiqué.

À l’instar de son descendant, il possède un certain nombre de caractéristiques qui le rendent intéressant pour le sélectionneur averti : il a de longues panicules, des grains de tailles diverses, une longue feuille paniculaire et de longues barbes.

Les longues panicules, la taille et le poids des grains peuvent être considérés comme des prérequis pour le rendement élevé, alors que les feuilles paniculaires et les barbes offrent une protection contre les dégâts causés par les oiseaux – la feuille paniculaire qui protège la panicule de la vue des oiseaux qui survolent le champ, et les barbes font qu’il est difficile d’accéder au grain.  

De plus, la domestication de O. barthii comme O. glaberrima a donné lieu à la réduction de la diversité des espèces. « C’est normal pour la domestication de toute culture, » affirme Mandè Semon sélectionneur de riz de plateau à AfricaRice. « Ce que cela signifie pour moi en tant que sélectionneur c’est que O. barthii renferme une large diversité qui n’est pas disponible chez O. glaberrima. »  

« J’ai choisi d’utiliser O. barthii en partie à cause de ses longs grains qui sont plus lourds que ceux de O. glaberrima, » affirme Semon. « Générer des lignées interspécifiques à partir de croisements entre O. barthii et O. sativa fournit une opportunité de mettre au point de nouvelles variétés avec un potentiel de rendement accru, de bonnes caractéristiques de grains, une résistance aux insectes et aux maladies, de même qu’une qualité grain, un bon goût et un arôme améliorés. »  

Certaines des nouvelles lignées interspécifiques ont hérité de leur parent O. barthii la résistance à la bactériose et aux foreurs de tige. De plus, elles sont très précoces (moins de 90 jours après le semis). Oryza barthii est une espèce voisine, que l’on ne trouve jamais dans les plateaux (où O. glaberrima est fréquemment cultivé).  

Si O. barthii est cultivé dans les plateaux, il verse généralement (tombe) et perd tous ses grains avant la récolte. Cependant, introduire les lignées interspécifiques avec des introgressions de O. barthii dans les plateaux semble avoir permis l’expression de caractères pour l’adaptation au plateau, où ils ne seraient jamais exprimés à l’état sauvage.

« Nous avons déjà de bonnes lignées disponibles,» s’exclame Semon, « associant la courte durée pour éviter la sécheresse, le rendement élevé et l’arôme. L’arôme a été une surprise, car aucun des parents – ni O. barthii ni O. sativa – n’était aromatique. » Un cas d’expression de caractères qui avaient été cachés auparavant.

« Les essais au champ ont été menés avec 148 lignées fixées sur deux sites contrastés en terme d’altitude et d’acidité du sol, » affirme Semon. Une sélection de ces lignées a été évaluée en Éthiopie, en Côte d’Ivoire, au Liberia, au Ghana, au Tchad, au Niger, au Bénin, en République démocratique du Congo (RDC) et au Nigeria.

Les 30 lignées au plus haut rendement ont été nommées en vue de leur évaluation régionale dans le cadre des essais du Groupe d’action sélection rizicole en Guinée, au Mali, au Nigeria, au Togo et en Ouganda.

Nwambam Iruka est membre de l’ONG nigeriane Golden Farmers qui travaille à Abakaliki, dans l’État d’Ebonyi. Grâce à ses liens avec l’Institut national de recherche sur les céréales / National Cereals Research Institute (NCRI), Iruka a reçu des semences de 35 lignées interspécifiques avec des introgressions de O. barthii à tester.  

« Au moment où AfricaRice nous avait apporté les nouvelles variétés, les producteurs locaux avaient abandonné la riziculture de plateau, à cause de la baisse de rendement de la variété locale, China best, » a-t-il ajouté.

La perte en rendement était imputée à l’apauvrissement du sol. « À présent, deux ans plus tard, nous avons deux variétés prometteuses qui donnent 3,8 tonnes par hectare dans les plateaux pluviaux. »  

Ces rendements sont élevés pour l’écosystème de plateau en Afrique de l’Ouest, même si les producteurs l’obtiennent en appliquant 300 kg d’engrais par hectare (200 kg de compost NPK et 100 kg d’urée) – le rendement de variétés existantes avec ces taux d’application d’engrais est de 2–2,5 t/ha.

« Ebonyi est l’un des six États impliqués dans le processus d’évaluation, » explique Semon. « Le protocole que nous avons mis en place est étroitement lié au processus d’homologation variétale, et nous espérons donc voir une ou plus de variétés interspécifiques avec des introgressions de O. barthii officiellement homologuées au Nigeria en 2014 ou 2015. »

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