Wednesday, March 5, 2014

Interview of Dr Marco Wopereis regarding Science Week by Science Journalists

Interview avec Dr Marco Wopereis, Directeur général adjoint d'AfricaRice
« La recherche doit faire un pas de plus vers le développement »


Quelles sont vos impressions au terme de cette semaine scientifique ?
Pour cette réunion annuelle d'AfricaRice, on a testé une nouvelle formule. Auparavant c'était presque des mini congrès avec des chercheurs. Maintenant, c'est vraiment faire des planifications avec un accent important sur la collaboration avec nos partenaires des systèmes nationaux. Je pense que cela a été un succès. Nous avons aussi mis l'accent sur la synergie de travail dans six groupes d'actions où on a fait le point des activités de 2013 et la planification des activités de 2014. Je crois que ça s'est bien passé.

Qu'est-ce-qui vous avez le plus marqué lors des travaux ?
Par exemple au niveau du groupe amélioration variétale qui regroupe une trentaine de sélectionneurs de 30 pays, on voit des résultats pertinents depuis 2010 qu'il existe. Cette année les sélectionneurs venus de différents pays ont nommé 6 nouvelles variétés de riz ARICA qui ont un gain immédiat par rapport au riz NERICA utilisé par les paysans. Un des ARICA est très performant car tolérant au froid et à la toxicité. Les données collectées sont de bonne qualité chaque année. Une chose est de nommer les variétés, une autre est de les rendre accessible aux paysans. Les variétés ne servent à rien si les paysans ne peuvent pas les utiliser. Le défi le plus grand reste la production en quantité suffisante de ces semences.

L'autre sujet qui a été au cœur des débats de cette semaine scientifique c'est les hubs. Qu'en est-il exactement ?
Les pôles de développement rizicole, c'est là où on met en musique les acquis de la recherche, les innovations paysannes, et les investissements du secteur privé. Je pense que dans ces hubs, il faut maintenant travailler beaucoup plus sur la production de semences et savoir le rôle de chaque acteur. Qui va fournir la semence de base ? Qui va la multiplier ? Etc. Et vraiment être clair sur qui fait quoi. On a déjà 68 hubs identifiés dans 24 pays. L'idée des pôles c'est d'avoir un impact direct sur le terrain avec les paysans, les acteurs, les transformateurs, etc.

Ces hubs ont été choisis par les partenaires nationaux eux-mêmes et non par AfriaRice. Mais cette semaine scientifique nous a permis de voir qu'il y a encore beaucoup de travail à faire au niveau du fonctionnement des hubs. Là, je pense qu'on est au stade de la concentration des efforts de la recherche pour qu'il n'ait plus de dispersion. Mais il n'ya du tout pas encore de lien avec le développement. Ce qui est très important cette année c'est d'avoir dans chaque pôle qui a été choisi par chaque pays de se réunir autour d'une même table. Avec les autres partenaires du secteur privé et public, il faut décider de la vision à atteindre à long terme. La recherche va jouer son rôle et le vrai défi maintenant c'est de vraiment connecter les hubs avec le développement. Pour l'instant c'est le début et j'espère d'ici à 3 ou 5 ans nous allons réaliser de grands progrès. Et nous pourrons être fiers de ces hubs.

Comment la coordination des pôles se fera ?
Coordonner les pôles. Je ne pense pas. Puisque ce n'est pas AfricaRice qui les a choisis. Ce que nous pouvons faire c'est de faciliter l'installation des pôles. Nous sommes convaincus que sans ça nous n'allons nulle part. On ne peut pas se conter de développer une variété et se dit que le travail est fini. Il faut que nos recherches soient proactives et orientées pour des impacts réels. La recherche doit faire un pas de plus vers le développement.

Vous avez placé cette semaine scientifique sous le signe de l'amélioration de la sécurité alimentaire en Afrique. Quelles sont selon vous les actions que AfricaRice va développer pour atteindre ce défi ?
Il y a énormément d'étapes qu'on a déjà franchir pour travailler sur l'amélioration de la sécurité alimentaire en Afrique. Nous avons un plan stratégique d'ici à 2020 approuvé par notre conseil des ministres en Gambie en 2011. Donc on a une vision claire. Il s'agit d'atteindre en 2020 l'autosuffisance en riz à 90 % en Afrique. Pour l'instant c'est 50-60 % et nous importons encore  12 millions de tonnes de riz. On veut arriver à 4 ou 5 millions de tonnes de riz avec 90 % de consommation de riz sur le continent. AfricaRice fait une recherche de qualité intéressante pour un producteur, un transformateur ou un commerçant qui puisse faire un changement. Nous ne faisons pas des recherches pour des recherches. Alors nous attendons de nos chercheurs de travailler sur les variétés, la mécanisation pour améliorer la production. AfricaRice aide aussi les pays à formuler des politiques rizicoles adéquates. Une étude du CIRAD a montré que d'ici à 15 ans 320 millions de jeunes viendront chercher un travail en Afrique. Cela est à la fois un danger et une opportunité. Je pense que le secteur du riz pourrait être une grande source de richesse pour les Etats africains.

Propos recueillis par Christophe Assogba et Mikaïla Issa
Publié le : 05-03-2014 à 13:39:52

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